Quel long cheminement avant de me décider, sous couvert d'anonymat, de parler de mon expérience ! Je comprends enfin, et ce, à plus de 30 ans, que chaque femme a son vécu personnel sur le sujet ; que chaque femme fait face, un jour où l'autre, à une violence imposée, à un sexisme pernicieux, à une soumission imposée, presque naturelle qu'on nous inculque dès le plus jeune âge, presque génétiquement tant il est ancestral.
Je me suis longtemps sentie seule face à ça, et pire encore, dans une forme d'acceptation quasi totale. Comme si l'ordre naturelle des choses était d'être dominée par les hommes.
"Après tout.... ça a toujours été ainsi ! "
Après une rupture douloureuse, suite à une relation conflictuelle avec un homme extrêmement machiste, je me suis réveillée d'une hibernation révélée fragile, et que j'avais finalement choisi pour ne rien affronter. J'avais choisi de baisser les bras.
Réflexion ///
J'ignore a quel moment la petite fille commence à culpabiliser. A quel moment il semble naturel de se soumettre. D'avoir un comportement de "fille".
Je me rappelle de grandes tristesses lorsque j'étais enfant. J'aurai voulu être un garçon. J'avais déjà bien compris la notion de liberté. Moi je devais être "sage" "mignonne" "raffinée" et surtout "souriante". Une fille ne joue pas au foot, ne se bats pas dans la cours de récré, ne se roule pas par terre pour jouer, ne salie pas ses habits et doit être sage en classe. Les garçons de l'école ? eux...c'était des "garçons", ils pouvaient se permettre...
Quel âge avais-je donc ? 6 ans ?
Je précise, que dans tout ce monde où je ne me sentais pas à ma place, j'ai eu la chance d'avoir une mère admirable et ouverte d'esprit qui n'a jamais mis un frein a aucun de mes comportements. Elle aimait ma liberté et me laissait être MOI sans notion de genre. A défaut de sa liberté à elle, qu'elle avait perdue en épousant mon père.
Je me rappelle de ce sentiment de dégout quand on m'a imposé des humiliations que je ne comprenais pas, comme les main aux fesses (un grand classique !) le soulèvement de la jupe, les baisers volés. (Plus tard viendront les insultes, les agressions verbales communes, ou pire le viol ...)
Je ne voyais jamais de filles imposer ce genre de choses aux garçons ! Je prenais conscience que la force faisait tout. Je réalisais cet écart qu'il existe entre l'univers des filles qui vivent dans une sorte de peur instinctive. L'homme semblait un prédateur. J'ai refusé de voir les choses ainsi et j'ai banalisé les violences. VIOLENCES oui. Car même se faire traiter de "sale pute" est une agression.
J'entendais les histoires de mon père, dictateur absolu de la famille, raconter qu'il était "le fils". Que sa mère, ses sœurs, lui devaient une totale dévotion, et avaient toujours été à son service. Il n'existait pas l'ombre d'un doute dans sa façon de penser. Une femme se devait de servir un homme. Il n'y avait pas de remise en question de son éducation. Il aimait ça. Pour lui c'était ainsi. De ce fait, ma mère le servait. Dans la soumission morale la plus destructrice.
Docile mais insoumise, j'ai grandi en entendant des reproches sur mon comportement.
Comme disait mon prof d'anglais "je ne peux rien lui reprocher, mais je vois sa désapprobation dans son regard, cette insolence insupportable"
Voilà. Pas assez soumise. Mais déjà vérolée de clichés sexistes.
Une femme, dans mon subconscient était un être fragile et soumis.
L'homme ? Un être violent, imposant sa volonté comme un roi. Un schéma stéréotypé et dangereux.
Tout a enchainé. Sans que je m'en aperçoive.
Avec le temps, les rencontres, au grès de discutions, de comportements, mise au pied du mur, face a ma propre acceptation de comportements pourtant intolérables, j'ai cessé de dédramatiser, cesser de me dire que tout ce que j'avais vécu ou vivais était une normalité.
Il était temps d'être moi. Un moi libre. Quelle belle époque dans laquelle nous vivons ! Felicitons nous d'avoir encore tant de choses a changer...pour le meilleur !
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